Au Vanuatu, nourrir les enfants est désormais un travail d’homme – Actuel Nouvelle-Calédonie

Au Vanuatu, nourrir les enfants est désormais un travail d’homme

Dans l’archipel voisin du Vanuatu, les hommes vont à l’encontre de la tradition en élevant leurs enfants en bas âge. Cela se passe dans un petit village de la province de Shefa. Avec le soutien du programme « 1 000 premiers jours » de l’ONG internationale Save the Children, qui œuvre pour la protection de l’enfance, les pères brisent les stéréotypes traditionnels en participant à l’éducation de leurs jeunes enfants. Protégé par les eaux calmes du lagon, au large de la côte nord d’Efate, et flanqué d’une jungle dense au sud, ce village traditionnel Ni-Vanuatu est un véritable paradis tropical. Les familles qui vivent ici, à 60 km de la capitale animée Port Vila, bénéficient d’un riche sol volcanique et de l’écosystème abondant des récifs pour la pêche et l’agriculture, leurs modes de subsistance.

 

L’envers du paradis

Grandir dans un paradis tropical peut sembler constituer le socle d’une enfance idéale, mais au Vanuatu, environ 29 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance, lié à une forme de dénutrition qui limite leur développement physique et mental. Le retard de croissance est devenu un problème important dans toutes les communautés du Pacifique. Parmi les raisons avancées, les régimes alimentaires déséquilibrés ou la disponibilité hasardeuse d’aliments sains et abordables, en particulier du fait des effets dévastateurs du changement climatique. Cependant, avec les bons outils et les bonnes connaissances, le retard de croissance peut être évité. En améliorant la nutrition des mères et de leurs enfants au cours des mille premiers jours de la vie – de la conception à l’âge de deux ans -, les enfants auront toutes les chances de s’épanouir au lieu de simplement survivre.

 

Chef du village et chef de famille

Ismaël, jeune chef du village, est aussi chef de famille. Papa d’une petite fille, il attend la naissance de son deuxième enfant. Avec son épouse Amanda, il participe au programme « 1 000 premiers jours », animé par  l’organisation Save the Children. Son but est d’apporter aux mères, aux pères et aux grands-parents les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour élever leurs jeunes enfants. Le programme fait appel à des groupes communautaires en réseaux, qui fournissent une plate-forme pour le partage et le soutien des connaissances, voire même des conseils de personnels de santé locaux. Cela crée un environnement sûr et familier pour que les familles développent leurs compétences et leurs connaissances. L’objectif est aussi d’encourager les pères à jouer un rôle de premier plan dans l’éducation et la nutrition de leurs enfants, en changeant les attitudes et en remettant en question les rôles traditionnellement occupés par chaque parent.

 

© Save the Children Vanuatu
Le programme des 1000 premiers jours encourage les pères, comme Erikkson, à jouer un rôle de premier plan lorsqu’ils nourrissent leurs enfants. Ici, il s’assure que son fils JonJon profite d’un repas sain.

Un rôle de facilitateur

C’est Amanda, l’épouse du chef, qui a d’abord intégré le groupe des mères du village, motivée par l’acquisition de nouvelles connaissances et compétences. Par la suite, elle a encouragé son mari à rejoindre le groupe des pères. À l’époque, personne ne dirigeait ce groupe, alors Ismaël s’est lui-même proposé, auprès de Save the Children, pour occuper le rôle de facilitateur. Il avait été impressionné par l’expérience que sa femme avait pu avoir grâce au programme et il a tenu à renforcer sa confiance en lui en tant que parent, tout en aidant d’autres pères de sa communauté.

 

Penser en dehors de la norme

Les normes de genre traditionnelles sont particulièrement importantes dans le village d’Ismaël, où les rôles et les responsabilités sont souvent strictement divisés entre ce qui est socialement considéré comme le « travail des hommes » et le « travail des femmes ». Les enquêtes menées par l’ONG Save the Children au Vanuatu ont mis en avant le fait que, si de nombreuses personnes conviennent qu’elles partagent la prise de décision familiale avec leurs partenaires, les hommes sont généralement censés fournir « un abri et de la nourriture ». En revanche, ils s’engagent rarement dans le « travail des femmes » qui consiste à élever leurs jeunes enfants. En cause, les pressions sociales et l’attente que « les pères devraient se détendre et profiter de leur vie, une fois leur journée de travail terminée ».

 

Respecter un idéal

La conception ciblée du programme des 1000 premiers jours vise à éliminer les barrières créées par ces normes de genre, afin que les mères soient soutenues par leurs partenaires pour élever leur famille ensemble. La participation active d’un père aux repas de famille et à l’alimentation, en particulier, s’est avérée améliorer considérablement la santé et le bien-être de ses enfants. Ainsi, l’engagement des pères dans le programme est essentiel pour réduire les taux de retard de croissance alarmants à travers le pays.

Quand Ismaël a commencé le programme des 1000 premiers jours, il a constaté qu’il était « difficile de sortir de ce qu’il savait être son rôle «normal» de père ». Ses propres parents se sont vu imposer les rôles traditionnels de mère et de père et, par conséquent, la mère d’Ismaël était son principal dispensateur de soins, tandis que son père était largement absent de son enfance. On lui a appris que c’était le travail d’une mère d’élever un bébé. Ismaël confie qu’avant de rejoindre le programme, il respectait cet idéal. En temps normal, il buvait du Kava et socialisait avec ses amis pendant que sa femme restait à la maison pour élever leur fille.

 

© Save the Children Vanuatu
Grâce à leur participation au programme, Ismael et son épouse Amanda partagent, avec plaisir, les responsabilités parentales et attendent, avec enthousiasme, la naissance de leur deuxième enfant.

La fierté de son épouse

Depuis qu’il a rejoint et, par la suite, dirigé son groupe de soutien communautaire pour les pères, Ismaël est devenu un défenseur de la participation des hommes à l’éducation de leurs enfants, inspirant et encadrant d’autres pères de son village. Il a remarqué un changement important au sein de sa communauté, affirmant que, désormais, « les responsabilités des parents sont partagées à 50/50 ». Ismaël se rend compte de l’avantage d’avoir les deux parents qui  assurent ensemble la santé et le bien-être de leurs enfants. Il estime que le programme des 1000 premiers jours a été essentiel pour renforcer sa propre confiance en lui et sa capacité à être père.

« Beaucoup de pères abandonnent leurs vieilles habitudes. » – Amanda

Amanda, elle, est fière du changement qu’elle voit s’opérer chez son mari, en tant que père, mais aussi de la façon dont il amène sa communauté à suivre ses pas. « Aujourd’hui, il choisit de rester à la maison et de passer du temps de qualité en famille, note Amanda, même si ce changement s’opère progressivement ». Désormais, tous deux travaillent dur pour élever leur fille. Ils sont convaincus que leur solide partenariat en tant que parents se poursuivra, au moment où ils se réjouissent de la naissance imminente de leur nouveau bébé.

 

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