LA SEXUALITÉ EN CALÉDONIE : ON EN PARLE ? – Actuel Nouvelle-Calédonie Magnum

LA SEXUALITÉ EN CALÉDONIE : ON EN PARLE ?

Quand je suis arrivée en Nouvelle Calédonie, en 2011, j’intervenais en santé sexuelle dans les 3 Provinces . J’ai ainsi pu rencontrer la population calédonienne que ce soit en tribu, dans les collèges, les maisons de quartier, les lycées, lors de manifestations culturelles et à l’université. On m’avait dit qu’il était difficile de parler de sexualité ici et que c’était particulièrement compliqué avec la communauté mélanésienne.

Alors j’ai observé les comportements durant mes interventions. Et effectivement, à chaque fois on me disait “on ne parle pas de sexualité avec la famille c’est Tabou”. Là j’avais 2 informations.

La première : c’est Tabou , Le mot tabou vient d’ici, d’Océanie, et pour être plus précis, des îles Tonga. Ce mot est maintenant utilisé fréquemment dans plus de 20 langues. La magie du mot Tabou réside en son sens bien particulier entre le sacré et l’interditLe premier tabou de l’humanité est un tabou SEXUEL : L’INCESTE. L’interdiction d’avoir des relations sexuelles avec les membres de sa famille restreinte : entre parents et enfants, frère et sœur.

Cette interdiction quasi universelle se justifie afin d’éviter d’une part, la consanguinité qui se traduit par des anomalies pour l’enfant issu de cette union et d’autre part, de la nécessité de créer des unions avec les autres familles pour acquérir des terres en échangeant nos filles.

Ce tabou sexuel s’étend aussi à l’interdiction d’en parler. Du coup le fameux “on en parle pas avec la famille” a du sens. On ne peut pas parler de sexualité avec ses parents, et en général avec tous les membres de sa famille… Comme si la sexualité n’existait pas car elle n’a pas le droit d’exister entre eux. C’est une forme de protection.

Mais, cette impossibilité de parler de sexualité en famille ne se limite pas à la communauté mélanésienne. Toutes les communautés en Calédonie se l’interdisent aussi de fait sans jamais le préciser.

Et vous, avez-vous déjà parlé de sexualité avec vos parents ?

Je connais déjà votre réponse “Non ça ne se fait pas, dans ma famille, on ne pouvait pas parler de sexualité, c’était une autre génération, j’ai jamais imaginé en parler avec mes parents, on parlait pas de ça chez nous, etc.”. Vous êtes chacun persuadé être les seuls dans ce cas mais c’est une généralité : peu de personnes parlent de sexualité avec leurs parents. 

Du coup, est-ce que vous parlez de sexualité avec vos enfants ? À part peut-être pour leur expliquer comment faire un bébé ou de se protéger des IST (Infections sexuellement Transmissibles). À ce jour, il y a un peu plus de jeune qui ose poser des questions à leurs parents mais c’est encore rare que le sujet soit abordé en famille. Heureusement, les mentalités changent doucement. On peut dire que la sexualité n’est pas Tabou en dehors de la famille.

Quelle est la sexualité des calédonien(nes) ?

Sauf erreur de ma part, il n’y a pas d’étude générale sur la sexualité des calédoniens. Je me permets donc de partager quelques informations. Pour chaque personne venue en consultation, soit plus de 800, j’ai recueilli différentes données comme, l’âge, le sexe, communauté d’appartenance à l’exemple du recensement, la raison de leur venue, le lieu d’habitation, leur problématique et tant d’autres… Biensur elles ne reflètent pas toute la population calédonienne, mais disons que c’est un échantillon. Cela permet de comprendre quelles sont les difficultés sexuelles que rencontrent les calédoniens.

Aujourd’hui il y a autant d’hommes que de femmes qui viennent consulter. Ce chiffre varie peu. Ce qui était étonnant c’est que les 5 premiers mois de l’ouverture de mon cabinet il y avait 75% d’hommes ; on peut parler de curiosité, ils ont osé franchir le pas et venir parfois juste une fois pour poser une question et se rassurer.

Je me souviens justement un jour, un monsieur m’appelle pour prendre un rendez-vous. Je le questionne sur la raison de son appel et ne décèle aucune problématique nécessitant un rendez-vous . Je lui explique que ce n’est pas utile . Malgré tout, il insiste et je lui fixe donc un rendez-vous. Il est venu de Lifou spécialement pour ce rendez-vous. On parle de la sexualité et de sa sexualité en particulier. Ce monsieur n’avait pas souci particulier à part un fort besoin d’échanger sur le sujet. Il m’a avoué que c’était la première fois qu’il pouvait parler de sexualité aussi librement, qu’il avait envie d’aborder ce sujet sans gêne. Les personnes qui viennent en consultation ont souvent juste envie de parler, simplement, librement de leur sexualité.

L’âge

Toutes les tranches d’âges sont représentées. Il n’y pas de différence, à part un petit pic pour les 30-35 ans qui sont les plus nombreux (21%). Sont-ils plus informés ? Plus concernés ? Cette tranche d’âge est inquiète et craint que leur sexualité soit condamnée à tout jamais. Ils sont tous persuadés que l’activité sexuelle diminue et disparaît avec l’âge. D’où la nécessite de régler rapidement leur souci. Encore un préjugés sur la sexualité. Le plus jeune avait 10 ans, venu avec sa maman. La maman ne savait pas comment répondre aux questions que posait son fils sur la sexualité. La plus âgée, une femme de 80 ans. Voici son histoire : Elle était veuve depuis 10 ans et me raconte que le sexe avec son mari était rare, sans aucun ressenti. Il y a peu de temps, elle s’est faite dragué par son voisin, un petit jeune de 65 ans. Au début, elle a refusé ses avances car ça ne se faisait pas puis a craqué. Elle a connu avec cet homme pour la 1ère fois la jouissance. En venant me voir, elle voulait savoir si elle était normale et en quelque sorte me demander l’autorisation de prendre du plaisir. Je l’ai bien sur rassuré et conforté dans son choix.

Communauté d’appartenance

Toutes les communautés de Calédonie sont représentées. Sachant qu’il n’y a pas de sexologue en dehors de Nouméa, cette représentation ne reflète pas la répartition des communautés à l’échelle de la Calédonie. Seul 7% des personnes viennent du nord ou des îles. Mais bien entendu, les problématiques sexuelles ne sont pas spécifiques à une communauté on les retrouve partout.

Dysfonctions sexuelles répartition hommes-femmes

La perte de désir est la raison évoquée pour 1/3 des femmes.

Le Trouble de l’érection est la cause pour 1/3 des hommes.

Si l’on regroupe les 3 catégories, à savoir, blocages, problèmes relationnels et perte de désir, cela représente 60 % des problématiques évoquées par les calédoniens. Ces catégories sont générales et regroupent d’autres problématiques qui ne sont pas encore identifiées.

Par exemple, un homme viendra parce qu’il a des problèmes relationnels avec sa compagne. En effet, il se dispute souvent et a rarement des relations sexuelles. Puis il explique qu’il a de plus en plus souvent des pannes d’érection…  Est-ce que se sont les disputes qui le bloque et lui enlève toute envie sexuelle ou bien est-ce que ce sont ses pannes d’érection qui crée les disputes ? Seule une investigation approfondie permet d’en connaître la ou les raisons et de trouver des solutions.

Les 12 dysfonctions sexuelles les plus fréquentes en NC par ordre : perte de désir, panne d’érection, blocages, difficultés relationnelles, éjaculation précoce, addiction, anorgasmie, vaginisme, dyspareunie, douleurs, anajaculation, trouble de la lubrification. Or les personnes lambda ne connaissent que peu de choses sur toutes ces dysfonctions, et ce manque de connaissance crée les insatisfactions sexuelles.

Les questions les plus fréquentes en consultation sont : 

Suis-je normal(e) ? Mon comportement sexuel est-il normal ?  Est-ce que vous rencontrez d’autres personnes comme moi ?

Chacun a besoin d’être rassuré.

Très peu de dysfonctions sexuelles sont dues à un problème de santé. Beaucoup de personnes me sont orientées par les urologues, angiologues, gynécologues ou d’autres médecins car la problématique de leurs patients n’est pas d’ordre médical, mais mental et psychologique. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de médicament pour résoudre ces dysfonctions. Les causes n’étant pas organiques, les solutions ne sont pas chimiques.

Oser en parler est déjà le début de la solution

La consultation est surtout un espace de parole et aussi d’éducation sexuelle. Les calédoniens osent en parler et sont parfois surpris d’avoir pu parler de leur sexualité avec autant de facilité et surtout sans gêne.

Le souci, c’est le manque de connaissance. La sexualité est un apprentissage que l’on ne nous apprend pas. Nous connaissons la sexualité reproductive de façon très académique. Nous entendons les messages de prévention qui sont toujours diffusés sous forme de risque. Et pour le reste, on doit se débrouiller. Chacun va chercher là où il peut des infos, pas toujours fiables, souvent incomplètes. On croit parfois n’importe quoi ….  Sans parler du porno qui devient pour beaucoup une référence, avec des conséquences désastreuses.

Notre sexualité se construit avec des valeurs différentes les uns des autres, ce qui induit souvent des incompréhensions et parfois des blocages. Nous évoluons grâce à la transmission de connaissance et ce, depuis la nuit des temps. Sans apprentissage, on n’est rien. Pourquoi la sexualité ne ferait-elle pas partie intégrante de nos apprentissages, au même titre que tous les autres sujets fondamentaux dans notre vie ?

On ne dirait plus : « La sexualité, c’est tabou ! »
Mais plutôt : « La sexualité, on en parle, tout siplement, c’est normal !

Charlotte de Buzon
Sexologue et Thérapeute de couple
Consultation sur rdv en individuel ou en couple au 83 30 10

à la Vallée du Tir Nouméa
FB: Sexologue Nouméa Charlotte de Buzon NC
Site Web : www.sexotherapeute.nc
Chaîne Youtube : M’en Parle Pas ! Sexologue

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