AQUACULTURE & ENVIRONNEMENT – Actuel Nouvelle-Calédonie

AQUACULTURE & ENVIRONNEMENT

 

ILS FONT BON MÉNAGE

Depuis 1994, la SOPAC (Société des Producteurs Aquacoles Calédoniens) rassemble une grande partie des acteurs de la filière locale et produit la crevette bleue. Soucieuses d’avoir une production de qualité la plus naturelle possible, les fermes s’efforcent de maintenir une constante protection de l’environnement tout en redonnant un coup de fouet à la filière, à travers de nouvelles mesures.
Par Lizzie Carboni

 

Litopenaeus Stylirostris. C’est le doux nom donné à la crevette bleue de Nouvelle-Calédonie. Produite sur le Caillou depuis près de trente ans, c’est un peu la crème de la crème des crevettes. Maintes fois récompensées pour son goût exceptionnel et original, elle grandit sur le littoral de la côte ouest, dans un environnement on ne peut plus naturel : des bassins à l’air libre, installés en arrière des mangroves, de façon à ne pas endommager la biodiversité. Les bassins naturels sont directement alimentés par l’eau du lagon et l’eau en sortie de bassin est analysé et contrôlé. « On est dans la démarche développement durable depuis le début. Les aquaculteurs ont eu à cœur que la filière respecte l’environnement et les gens, de façon à ne pas avoir d’impact négatif pour les générations futures » explique Hélène Artufel, directrice de la SOPAC. Certifiée filière qualité par le ministère de l’agriculture depuis les années 2000, les fermes elles, ont obtenu le label international ASC* en 2017, créé à l’origine par le WWF. « Ce label fait en sorte qu’il n’y ait pas d’impact sur l’environnement et qu’il y est le maximum de respect envers la population. Nous avons des réunions régulières avec les tribus environnantes pour s’assurer d’aucun effet négatif pour eux comme l’accès à la mer » explique la directrice générale. À noter qu’une fois par an, la SOPAC est soumise à un audit et les fermes sont elles aussi, évaluées plusieurs fois dans l’année.

 

Concombres et crustacés

Contrairement aux idées reçues, les fermes aquacoles de Nouvelle-Calédonie ne produisent pas toute l’année. Bien souvent, les bassins ne sont utilisés que huit mois par an, et les fermes ont l’obligation de faire des assecs pendant au minimum deux mois, c’est-à-dire d’assécher complètement les bassins afin de pouvoir régénérer les fonds. Exposées au soleil et donc à la chaleur, les UV éliminent alors toutes les petites bactéries qui pourraient se développer dans les flaques d’eau stagnantes. « Certaines fermes ont fait des essais sur une nouvelle méthode de nettoyage et les résultats semblent très efficaces. Il s’agit de faire des cultures tournantes, et d’utiliser des holothuries, qui ont pour faculté de manger et nettoyer les fonds. Cela éviterait d’assécher les bassins pendant une trop longue durée et aussi de réduire le taux de mortalité des crevettes » indique Hélène Artufel. En effet, très sensible aux conditions climatiques et aux trop grandes variations de température, les crevettes présentent un fort taux de mortalité, ce qui contribue à la diminution de la production. Initiée par Promo Sud, société de financement et de développement, la bioremédiation via ces bêches de mer est donc expérimentée dans certaines fermes du territoire depuis quelque temps. Six mois sont nécessaires pour que les holothuries puissent exercer leur action de nettoyage en mangeant le film organique et ainsi régénérer les fonds de bassins. À Poya, Philippe Bourcier est aquaculteur depuis 15 ans. Il possède deux fermes et a commencé l’expérience sur cinq bassins, il y a trois ans. « On a constaté des performances de croissance et de survie assez exceptionnelles sur les élevages de crevettes qui ont suivi, de 10 à 20% en plus et ça se maintient encore aujourd’hui » explique-t-il. Douze mois d’élevage ont été nécessaires pour que les holothuries atteignent une taille convenable. Depuis septembre 2018, il fait désormais de la coculture sur l’une de ces fermes, réunissant ainsi holothuries et crevettes dans le même bassin ; 10 000 concombres de mer pour un bassin de crevettes de six hectares. « Il y a une bonne cohabitation entre les deux, le taux de survie des crevettes est toujours aussi bon, entre 70 et 75% » Objectif final et idéal de cette technique : une production annuelle plus longue et plus conséquente. « Toutes les nouvelles solutions qui peuvent être mises en place aujourd’hui nous ont permis de retrouver des bons seuils de productivité qui nous permettent de ne plus avoir de difficulté ».

 

Une pêche responsable

Les crevettes grossissent entre septembre et novembre et la SOPAC reçoit 80 % de la production sur quatre mois, entre mars et juin. L’utilisation des pesticides, OGM et autres produits chimiques est formellement interdite dans le cahier des charges des fermes. Tout est soumis à condition, de même que la nourriture donnée à ces crustacés. « Les usines locales importent leur matière première et cet aliment doit posséder une bonne balance entre les protéines animales et végétales. Nous avons l’interdiction d’utiliser des farines de sang, d’animaux terrestres et les huiles de poisson contenus dans les farines utilisées sont très contrôlées » indique Hélène Artufel. Conformément au label ASC, ces matières premières doivent provenir de certaines zones agréées pour la pêche durable. L’ensemble des fermes utilise donc ces produits contrôlés. « On s’assure aussi d’une juste consommation d’aliments par les crevettes, de façon à ne pas avoir de rejet dans l’eau. Les aquaculteurs n’ont aucun intérêt à sur nourrir leurs crevettes, au risque de voir leurs bassins inutilisables ». Certaines fermes ont d’ailleurs essayé la distribution automatique d’aliments de nuit, basée sur le son émis par les crevettes qui grattent les fonds de bassin quand elles ont faim. Cela permet ainsi d’établir un dosage optimal en fonction de leurs besoins et de s’assurer du confort des crevettes.
* Aquaculture Stewardship Council

 

Une pensée sur “AQUACULTURE & ENVIRONNEMENT

  • juin 16, 2019 à 5:08
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    LE GREENWASHING DE LA CREVETTE CALÉDONIENNE

    Le sujet qui fâche pour la filière, c’est que la nourriture donnée aux crevettes est issue de la surpêche mondiale. À coup de communication trompeuse et de label « marketing », la filière veut rassurer sur son impact environnemental, quitte à omettre certains détails d’importance. En vérité, quiconque achète et consomme de la crevette calédonienne participe à la destruction des océans, la mort de dauphins, tortues, requins et oiseaux marins à l’autre bout du monde. On vous explique tout ci-dessous (sources à l’appui) :

    L’ALIMENTATION DES CREVETTES :

    Il faut 2,7 kilos de farines pour produire 1 kg de crevette (source: LNC du 29 juillet 2013). Elles sont composées de matières premières importées : de poissons et de calamars pêchés en Amérique du Sud (source : LNC du 27 janvier 2016) et de protéines végétales (source : Actuel Mai 2019). Dans le rapport IEOM de 2017, il est précisé que ces farines sont « fabriquées principalement à partir de farines animales » (page 100, rapport IEOM 2017), donc de poissons. Nous n’avons pas plus d’infos sur la provenance des protéines végétales, utilisées en moindre quantité.

    On comprend bien que pêcher et cultiver 2,7 kilos de nourritures, les importer du bout du monde pour les donner à des crevettes qui ne nous en restituent que 1 seul kilo, est un gaspillage monumental, à la fois d’énergie, de ressources et de pressions inutiles sur les écosystèmes. Dans un contexte (rappelons-le) de surexploitation et d’extinction de masse des espèces marines et terrestres. On prévoit l’effondrement des pêcheries mondiales pour 2048, date à laquelle les « stocks » actuellement exploités auront disparus. Quel avenir pour la filière ? Quel avenir pour nous tous ?

    L’ARNAQUE DES LABELS ASC et MSC :

    La filière se veut rassurante en invoquant le label ASC (Aquaculture Stewardship Council) (source : Actuel Mai 2019), censé garantir une aquaculture durable. Cela nous donne l’occasion d’aller voir le type de pratique qu’autorise ce label. L’ASC autorise l’import de la nourriture des crevettes, ce qui est déjà loin d’une écologie réelle, du moment que celle-ci vienne d’un fournisseur accrédité « pêche durable ». Pour cela, il renvoie à un autre label, membre de l’ISEAL Alliance, comme le Marine Stewardship Council (MSC) pour les pêcheries (Source: https://www.asc-aqua.org/wp-content/uploads/2019/03/ASC-Shrimp-Standard_v1.1_Final.pdf )

    Nous y voilà, le MSC est dénoncé par une multitude de scientifiques et ONGs. Il n’a plus aucune crédibilité : autorisation de pratiques de pêche ultra destructrices comme le chalut de fond, quotas inadéquats, surexploitation et prises accessoires. On vous laisse explorer l’enquête de l’association BLOOM, complète et sourcée, pour le détail et bien prendre conscience de l’imposture de ce label :

    Le business des labels, situation sur l’aquaculture : https://www.bloomassociation.org/dossier-peche-minotiere/

    Scientifiques et ONG dénoncent : mauvais quota, surexploitation non-durable, méthodes de pêches destructrices et prises accessoires :
    https://www.bloomassociation.org/credibilite-de-lecolabel-msc-peche-durable-de-nouveau-mise-a-mal/
    https://www.bloomassociation.org/le-msc-encore-dans-la-tourmente/

    Procédures d’objection et arbitrages, le MSC se torpille définitivement : http://www.bloomassociation.org/le-label-MSC-se-torpille/

    Menace sur les oiseaux marins : https://www.bloomassociation.org/msc-tourne-dos-protection-oiseaux/

    COMMUNICATION TROMPEUSE DE LA FILIÈRE :

    On peut lire sur le site de la SOPAC : « Raffinement suprême, elle se pare d’une superbe couleur bleue, liée dit-on à son alimentation 100% naturelle à base de plancton du lagon calédonien.  » (source : https://www.sopac.nc/culture/).

    Pas un mot sur l’alimentation importée des crevettes, seule mention est faite du plancton local dont on laisse entendre qu’il est la seule principale source d’alimentation des crevettes. Est-ce bien honnête ? N’est-ce pas là un exemple flagrant de tromperie du consommateur ? Il aura fallu fouiller pour trouver et regrouper des bribes d’information sur l’alimentation des crevettes, la filière communique très peu dessus, et on comprend bien pourquoi à l’heure où l’écologie est un facteur important dans les choix de consommation des citoyens.

    UN PROBLÈME GÉNÉRAL : :

    Ceci n’est pas un article contre les personnes qui travaillent au sein de cette filière. Le problème se pose à l’élevage de crevette en général. Il faut les nourrir, ici comme ailleurs. En condition naturelle, c’est-à-dire sauvage, la pêche à la crevette est également très destructrice avec un taux de prise accessoire record : jusqu’à 20 kg de prises accessoires multi-espèces rejetées en mer pour 1 kg de crevette pêchés (source : Eayrs S. et FAO, 2009 page 1 http://www.fao.org/3/a1008f/a1008f.pdf ).

    Les crevettes ne sont tout simplement pas une source alimentaire écologique, d’où qu’elles viennent. Nous invitons chacun à (re)considérer sa propre consommation et faire les choix qui s’imposent pour la préservation de la vie.

    SOYONS TOUS LANCEURS D’ALERTE

    L’heure est grave, nous devons agir. Vous pouvez partager cet article via vos réseaux sociaux et en parler autour de vous, afin de faire connaître l’envers du décor de la crevetticulture locale et internationnale. Pour les océans et tous les êtres qui le peuplent, pour vous, pour nous, pour les enfants et l’avenir que nous leur préparons, merci de votre aide.

    Quentin Folliasson,
    Co-président de l’association VégéNC

    TOUTES LES SOURCES AUX LIENS SUIVANTS :

    LNC du 29 Juillet 2013 : https://www.lnc.nc/article/nord/kone/la-filiere-cherche-son-equilibre

    LNC du 27 janvier 2016 :
    https://www.lnc.nc/article/pays/economie/comment-litopenaeus-stylirostris-a-conquis-le-caillou

    Rapport IEOM 2017 : https://www.ieom.fr/IMG/pdf/final_ra_2017_version_en_ligne.pdf

    2048, effondrement des pecheries : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/des-oceans-a-sec-en-2048_3643

    Les standards officiels du label ASC :
    https://www.asc-aqua.org/wp-content/uploads/2019/03/ASC-Shrimp-Standard_v1.1_Final.pdf

    LE LABEL DE PÊCHE DURABLE MSC TORPILLE DÉFINITIVEMENT SA CRÉDIBILITÉ 07/12/2016 : http://www.bloomassociation.org/le-label-MSC-se-torpille/

    LE MSC UNE FOIS DE PLUS DANS LA TOURMENTE 31/08/2017 : https://www.bloomassociation.org/le-msc-encore-dans-la-tourmente/

    LA CRÉDIBILITÉ DE L’ÉCOLABEL « MSC PÊCHE DURABLE » DE NOUVEAU MISE À MAL 01/06/2016 : https://www.bloomassociation.org/credibilite-de-lecolabel-msc-peche-durable-de-nouveau-mise-a-mal/

    LE MSC TOURNE-T-IL LE DOS À LA PROTECTION DES OISEAUX MARINS ? 04/09/2017
    https://www.bloomassociation.org/msc-tourne-dos-protection-oiseaux/

    DE LA CONFITURE AUX COCHONS : L’ENVERS DU DÉCOR DE L’AQUACULTURE 14/02/2017 : https://www.bloomassociation.org/dossier-peche-minotiere/

    D’autres sources critiques du label MSC sur Wikipedia :

    https://en.wikipedia.org/wiki/Marine_Stewardship_Council#Independent_opinion_and_criticisms
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marine_Stewardship_Council#Critiques

    Site de la SOPAC : http://www.sopac.nc/culture

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